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Un expert de l’ONU appelle les Etats à agir face à l’islamophobie

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La haine antimusulmane prend des proportions épidémiques dans le monde. Le constat a été dressé par un expert indépendant des Nations Unies qui a exhorté  les États à agir face à « la discrimination islamophobe ».

Ahmed Shaheed, le rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté de religion ou de conviction, a évoqué, dans un rapport destiné au Conseil des droits de l’homme, les représentations négatives largement répandues de l’islam, la peur des musulmans en général et les politiques de sécurité et de lutte contre le terrorisme.

« À la suite des attaques terroristes du 11 septembre et d’autres actes de terrorisme horribles prétendument perpétrés au nom de l’Islam, la suspicion institutionnelle à l’égard des musulmans et de ceux qui sont perçus comme tels a pris des proportions épidémiques », a déclaré Ahmed Shaheed.

S’adressant aux membres du Conseil des droits de l’homme, il a ajouté que « l’islamophobie construit autour des musulmans des représentations imaginaires».

Un tel imaginaire « parrainé par l’État » est ainsi utilisé pour justifier « la discrimination, l’hostilité et la violence contre les musulmans ». « Cela a des conséquences dramatiques pour la jouissance des droits de l’homme, y compris la liberté de religion ou de conviction », a-t-il fait valoir. 

M. Shaheed a indiqué avoir reçu de nombreuses informations faisant état d’attaques contre des propriétés musulmanes, notamment des mosquées, des centres communautaires, des maisons familiales et des entreprises. Des bâtiments ont été ainsi profanés par « des graffitis offensants ou des carcasses d’animaux, comme une tête de cochon clouée à la porte d’une école géorgienne ». 

Pour l’expert indépendant onusien, de telles attaques ont été largement rapportées, notamment en Suisse, en Bosnie-Herzégovine, en Lettonie, en France, en Macédoine du Nord, en Grèce, en Norvège, aux États-Unis, au Sri Lanka et en Inde.

Les musulmans ont donc le sentiment d’être des « communautés suspectes », qui sont forcées de porter « la responsabilité collective des actions d’une petite minorité », a-t-il dit lors de la présentation de son rapport au Conseil.

D’une manière générale, M. Shaheed estime que les représentations négatives répandues de l’Islam, la peur des musulmans en général et les politiques de sécurité et de lutte contre le terrorisme ont servi à perpétuer, valider et normaliser la discrimination, l’hostilité et la violence envers les individus et les communautés musulmanes. Dans de tels climats d’exclusion, de peur et de méfiance, les musulmans rapportent qu’ils sont souvent stigmatisés.

En 2017, quelque 30% des Américains interrogés avaient une opinion négative des musulmans. 

Dans les États à minorité musulmane, a-t-il ajouté, les musulmans sont souvent ciblés en fonction de caractéristiques « musulmanes » visibles, telles que leur nom, la couleur de leur peau et leurs vêtements, y compris leur tenue religieuse, notamment le foulard.

Les restrictions disproportionnées de la capacité des musulmans à manifester leurs croyances, la sécurisation des communautés religieuses, les limites de l’accès à la citoyenneté, l’exclusion socio-économique et la stigmatisation généralisée des communautés musulmanes figurent parmi les préoccupations urgentes relevées dans le rapport.

Parmi les musulmans, ce sont les femmes qui peuvent être confrontées à une « triple peine », notamment en tant que femmes, membres d’une minorité ethnique et musulmanes. 

« Les stéréotypes et les tropes nuisibles sur les musulmans et l’Islam sont chroniquement renforcés par les médias traditionnels, les politiciens puissants, les personnes qui influencent la culture populaire et le discours universitaire », a fait remarquer l’expert.

Face à de telles stigmatisations et discrimination, il encourage vivement les États à prendre toutes les mesures nécessaires pour lutter contre les formes directes et indirectes de discrimination à l’égard des musulmans. L’expert onusien exhorte les Etats membres du Conseil à interdire tout appel à la haine religieuse qui constitue une incitation à la violence. 

Sur un autre plan, le rapport souligne toutefois que les critiques de l’Islam ne doivent jamais être confondues avec l’islamophobie, ajoutant que le droit international des droits humains protège les individus, et non les religions. 

« La critique des idées, des dirigeants, des symboles ou des pratiques de l’Islam n’est pas islamophobe en soi ; sauf si elle s’accompagne de haine ou de préjugés à l’égard des musulmans en général », a conclu M. Shaheed.

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